Lettre ouverte à Eric Zemmour Par Raphaëlle Auclert

J’ai lu votre Suicide français, où sont exposées les raisons de la décadence française. L’effervescence médiatique qui a suivi sa parution s’étant maintenant dissipée, je souhaiterais vous faire part de quelques réflexions.
 
Sur les présupposés
Si j’approuve l’entreprise qui consiste à vous pencher sur la « malade France », je ne peux en revanche partager les présupposés qui sous-tendent le propos. Tout d’abord, comme l’indique le titre du livre, vous considérez que les Français ont été eux-mêmes les acteurs desbouleversements qu’a connus le pays depuis 1970 – ou tout du moins, qu’ils y ont consenti de leur plein gré. Ainsi, dans votre récit, tout se passe comme si les choix des hommes politiquesn’avaient été dictés que par la volonté du peuple. Ce qui, bien évidemment, est faux. Commevous ne pouvez l’ignorez, les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient et leprincipe-même de la représentativité démocratique implique que, paradoxalement, lesélecteurs renoncent à leur souveraineté pour pouvoir l’exercer. Entre alors en jeu le principe de confiance liant les gouvernants aux gouvernés, et dont les premiers ont abusé sansvergogne, que ce soit dans le domaine de l’immigration (a-t-on un jour interrogé les Français sur la question ? Par exemple, le regroupement familial a-t-il fait l’objet d’un referendum ?),la gestion du budget (on serait en peine de citer un homme politique de premier plan qui n’aitété impliqué dans un scandale financier) ou encore la construction européenne, vers laquelle les Français ne marchent qu’à reculons, tant et si bien que l’on fait désormais l’économie deles consulter sur le sujet. En minorant la trahison – ou, pour être optimiste, le dévouement relatif – des élites, vous confondez à peu de frais le masochisme et la contrainte, le suicide etl’assassinat. Le « nous » expiatoire que vous scandez d’un bout à l’autre du livre (« C’est cethéritage millénaire que nous avons bazardé en quarante ans. Nous avons aboli lesfrontières… », p. 526) me paraît donc inapproprié, car il associe les Français à une politiquequ’on leur a dissimulée pour mieux leur imposer.
De surcroît, non content de faire du peuple l’artisan de son

  Source: lesquen2017.com  

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